8 janvier 2026.
Années Paires – Is 59, 15-21
Le silence de Marie
Méditation du Cardinal de Bérulle (17ème siècle)
C’est le partage de la Vierge d’être en silence. C’est son état, c’est sa voie, c’est sa vie. Sa vie est une vie de silence qui adore la parole éternelle. En voyant devant ses yeux, en son sein, en ses bras cette même parole – la parole substantielle du Père – être muette et réduite au silence par l’état de son enfance, Marie entre en un nouveau silence, elle y est transformée à l’exemple du Verbe incarné, qui est son Fils, son Dieu et son unique amour. Et sa vie se passe ainsi de silence en silence, de silence d’adoration en silence de transformation.
C’est un des effet sacrés et divins du silence de Jésus, de mettre la très sainte Mère de Jésus en une vie de silence, silence humble, profond et adorant plus saintement et plus éloquemment la Sagesse incarnée, que ne le peuvent les paroles des hommes et des anges. Ce silence de la Vierge n’est pas un silence de bégaiement et d’impuissance c’est un silence de lumière et de ravissement, c’est un silence plus éloquent, dans les louanges de Jésus, que l’éloquence même.
Ainsi, est-ce une merveille de voir qu’en cet état de silence et d’enfance de Jésus, tout le monde parle et Marie ne parle point … Les anges parlent ; ils parlent entre eux-mêmes et aux bergers et Marie est en silence. Les rois arrivent, parlent et font parler toute la ville, tout l’état et tout le sacré synode de Judée, et Marie est en retraite et en silence. Tout l’état est ému et chacun s’étonne et parle du nouveau roi recherché par les rois, et Marie est en son repos et en son sacré silence. Siméon parle au temple, et Anne la prophétesse et tous ceux qui attendent le salut d’Israël, et Marie offre, donne, reçoit et rapporte son Fils en silence ; tant le silence de Jésus a de puissance et d’impression secrète sur l’esprit et le cœur de la Vierge et la tient puissamment et divinement occupée et ravie en silence…. « Marie, cependant, gardait toutes ces choses, les méditant dans son cœur ». Voilà l’état et l’occupation de la Vierge, son exercice et sa vie au regard de Jésus durant sa sainte enfance.
in « La Vierge Mère de Dieu », par A. Molien, Paris Desclée de Brouver, 1940, p. 256
