24 janvier 2026.
Souplesse et douceur
De saint François de Sales (17ème siècle)
Dieu bien souvent, pour nous exercer en la sainte indifférence, nous inspire des desseins fort relevés, desquels pourtant il ne veut pas le succès. Et lors, comme il nous faut hardiment, courageusement et constamment commencer et suivre l’ouvrage tandis qu’il se peut, ainsi faut-il acquiescer doucement et tranquillement à l’événement de l’entreprise, tel qu’il plaît à Dieu de nous le donner.
Saint Louis, par inspiration, passe la mer pour conquérir la Terre sainte : le succès fut contraire, et il acquiesce doucement. J’estime plus la tranquillité de cet abandon que la grandeur du dessein. Saint François va en Égypte pour y convertir les infidèles ou mourir martyr parmi les infidèles, telle fut la volonté de Dieu ; il revient néanmoins sans avoir fait ni l’un ni l’autre, et telle fut aussi la volonté de Dieu. Ce fut également la volonté de Dieu que saint Antoine de Padoue désirât le martyre, et qu’il ne l’obtint pas. Le bienheureux Ignace de Loyola ayant, avec tant de travaux, mis sur pied la compagnie de Jésus, de laquelle il voyait tant de beaux fruits et en prévoyait encore de plus beaux à l’avenir, eut néanmoins le courage de se promettre que, s’il la voyait disperser, ce qui lui serait le plus âpre déplaisir qu’il pût recevoir, dans la demi-heure après il en aurait pris son parti et s’apaiserait en la volonté de Dieu.
Oh ! Que bienheureuses sont de telles âmes, hardies et fortes aux entreprises que Dieu leur inspire, souples et douces à les quitter, quand Dieu en dispose ainsi ! Ce sont des traits d’une indifférence très parfaite de cesser de faire un bien quand il plaît à Dieu, et de s’en retourner de moitié chemin quand la volonté de Dieu, qui est notre guide, l’ordonne.
(…) Il ne faut rien oublier de tout ce qui est requis pour faire bien réussir les entreprises que Dieu nous met en main ; mais à condition que, si l’événement est contraire, nous le recevions doucement et tranquillement.
