21 juillet 2026.
Années Paires
Jb 13, 13 – 14, 6
Crainte et Amour
D’un texte de Galand de Reigny (12ème siècle)
Il était un prince, homme honorable et bon, doté d’une très nombreuse maisonnée : elle comprenait autant des fils que des esclaves et aussi des affranchis… S’il jugeait que certains de ses esclaves étaient d’un bon naturel et s’appliquaient à vivre dans la droiture, il les mettait au rang de ses affranchis en leur faisant don de la liberté. Aussi ne le serviraient-ils plus pour rien ni par contrainte comme précédemment : en vertu d’un contrat passé avec eux, ils s’acquitteraient désormais de fonctions plus honorables et accompliraient des tâches plus importantes, plus dignes, en échange d’un salaire convenable.
Si en outre il remarquait que dans cette situation d’hommes libres ils brillaient par leurs mœurs honnêtes et faisaient preuve d’une noblesse d’âme au-dessus de leur condition, il les faisait avancer en les mettant au rang et au nombre des fils, en tant que dignes d’un plus grand honneur. Il en faisait ses héritiers, leur donnait droit à sa succession à égalité avec ses propres enfants.
Si, par contre il reconnaissait que l’un de ses fils était de mœurs serviles et qu’il dégénérait du noble zèle paternel, alors, irrité de sa folie, il le plaçait pour un temps dans le groupe de ses affranchis. Mais s’il voyait par là qu’une fois entré dans cette voie de paresse il tenait résolument à s’y maintenir, il l’abaissait bientôt au rang des esclaves et l’écartait du groupe de ses héritiers.
Apprends maintenant où tout cela veut en venir. Ce maître de maison, c’est Dieu... Puisque craindre et agir par contrainte appartient aux esclaves, ceux qui n’obéissent à Dieu que par crainte et effroi des supplices dont ils sont menacés sont esclaves... Quant aux affranchis, le joug de la crainte servile ne les opprime plus, mais ils obéissent cependant en vue d’une récompense céleste : si par hasard cette récompense faisait défaut ils ne trouveraient plus bon d’obéir... Les fils, eux, ont au cœur la charité : ils se plaisent également aux autres vertus, évitent le mal parce qu’ils le haïssent et font le bien parce qu’ils l’aiment et s’y délectent… En résumé, les esclaves obéissent par crainte, les affranchis en vue d’une récompense, les fils par amour du bien lui-même.
