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Lundi après l’Epiphanie

5 janvier 2026.

Années paires – Is 54, 1-17

 Aimer Dieu se suffit à lui-même

D’un traité de Saint Bernard (12ème siècle)

Ce n’est pas sans récompense que l’on aime Dieu, bien qu’on doive se garder de l’aimer en vue d’une récompense. Car si la véritable charité ne peut être sans récompense, elle n’est pourtant pas mercenaire. « Elle ne recherche pas son avantage ». Elle est une tendresse, non une promesse ; on ne l’acquiert pas avec une facture, on ne l’achète pas. La charité nous touche spontanément et nous rend spontanés. Le véritable amour se suffit à lui-même. Il a sa récompense, qui n’est autre que l’objet aimé. Le véritable amour se suffit à lui-même. Il a sa récompense, mais c’est ce qu’il aime. Car quel que soit l’objet que tu sembles aimer, ce que tu aimes vraiment, c’est le but où tend ton amour, et non pas le chemin qui y conduit. Paul n’évangélise pas pour manger, mais il mange pour évangéliser, car il aime, non la nourriture, mais l’Évangile.

Le véritable amour ne recherche pas sa récompense, mais il la mérite. On propose une récompense à qui n’aime pas encore, on la doit à qui aime, on la donne à qui persévère. (…) Je l’ai donc dit : la cause de notre amour de Dieu, c’est Dieu. Et j’ai dit vrai, car il est celui qui fait notre amour, et c’est à lui que tend notre amour. C’est lui qui donne l’occasion, lui qui crée l’affection, lui qui mène le désir à son achèvement. Lui-même fait qu’on l’aime ; ou plutôt il s’est fait homme pour être aimé. Nous espérons l’aimer un jour avec plus de joie pour ne pas l’avoir aimé en vain. Son amour prépare et récompense le nôtre. Il le prévient avec plus de bonté, il est payé de retour avec plus de justice, il est attendu avec plus de douceur. Afin qu’on ne l’ait pas aimé en vain, nous espérons pouvoir l’aimer un jour avec plus de bonheur encore. « Dieu est riche pour tous ceux qui 1’invoquent », et pourtant il n’a rien de meilleur que lui-même. Il s’est donné pour mériter notre amour, il se réserve pour être notre récompense, il se constitue « le réconfort des âmes saintes « , il se livre en rançon pour les âmes captives.

“Tu es bon, Seigneur pour l’âme qui te cherche”. Que sera-ce donc pour celle qui te trouve ? Car voici qui est admirable : personne ne peut te chercher s’il ne t’a d’abord trouvé. Tu veux donc être trouvé pour qu’on te cherche ; être cherché pour qu’on te trouve. On peut te chercher et te trouver, mais non te devancer.

Traité de l’amour de Dieu, 17 ; 22.