19 JUILLET 2026.
Années Paires
Jb 11, 1-20
La souffrance de Job
Par le Cardinal Jean Daniélou (20ème siècle)
Le premier trait que met en valeur l’auteur du livre de Job est le caractère insupportable de la souffrance. Les cris qu’elle arrache à Job sont parmi les plus véhéments qui aient été lancés. Contre cette souffrance, Job proteste de tout son être. Il n’a nulle complicité avec elle. Il n’y a pas trace non plus chez lui de résignation. L’image du “patient Job” sera une élaboration postérieure. Rien n’est moins patient que le Job authentique. Il témoigne de l’existence de la souffrance et ne peut pas faire autre chose. Rien ne peut le soulager. Les paroles de consolation apparaissent comme une dérision. Une seule chose est possible devant elle : la combattre ou la partager. La souffrance apparaît ainsi comme une situation limite, qui est au-delà du discours. Et c’est pourquoi les discours des amis de Job apparaissent dérisoires. Sa souffrance introduit au cœur du mystère de l’existence. (…) La souffrance de Job révèle le mystère de l’homme, parce qu’elle dénonce la prétention de l’homme à revendiquer aucun droit. Elle l’empêche radicalement de concevoir ses rapports avec Dieu sous forme d’une justice commutative. Et ainsi, en le déboutant de toute prétention, elle manifeste sa nature de créature, c’est-à-dire sa pauvreté radicale, ontologique, qui lui enlève le droit de prétendre à rien puisque l’homme ne tient rien que d’un don totalement gratuit. C’est pourquoi Job, pauvre et abject, nous apparaît exprimer l’essence même de l’humanité, tandis que Job riche et comblé la cachait. Et en même temps la souffrance de Job révèle le mystère de Dieu comme liberté souveraine. Dès lors qu’il ne tient plus rien de Dieu, Job n’est plus suspect de se tourner vers Dieu sur le plan de l’avoir. Dans cet ordre, il ne peut que protester contre lui. Mais l’adoration qu’il continue de lui vouer n’a plus pour objet que lui-même. Elle est la confession de sa toute-puissance irrésistible qui se manifeste par sa souveraine liberté dans la création.
