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Mardi après l’Epiphanie

5 janvier 2026.

Années paires – Is 55, 1-13

Comme Marie

D’une Homélie de Jean Tauler (14ème siècle)

      Mutations, remises en question, crises de toutes sortes, recherche tâtonnante de formes nouvelles, tout, dans les temps que nous vivons, semble aller à l’encontre de cette « fidélité »dont on nous a si longtemps rebattu les oreilles. Fidélité au baptême, fidélité aux vœux, fidélité à la Règle, etc., toutes choses qui relèvent du passé, et qui semblaient engager notre avenir dans des voies prévisibles, immuables, éprouvées. Sécurité d’avoir choisi sa ligne et de s’être mis sur les rails. Rester ce que nous avions rêvé d’être à vingt ans, lors de ce don que nous avions fait de nous-mêmes, dans la générosité et la jeunesse de notre cœur…

J’y pense souvent, moi qui, à dix-huit ans, avais choisi la vie dominicaine, en grande partie pour la liturgie, les observances, ta vie conventuelle, et l’habit… A soixante ans, je suis servi : ni habit, ni liturgie, ni observances, à plusieurs milliers de kilomètres de mon couvent que je n’ai pas revu depuis plusieurs années, noyé dans des activités purement « profanes ». Rien de ce à quoi j’avais pensé,à part le fait d’être au loin, en pays non chrétien. Et parfaitement « bien dans ma peau », par-dessus le marché ! Serais-je infidèle ? N’ayant ni le temps, ni le goût de penser au passé, ni pour le regretter, ni pour vouloir y revenir, me voilà amené à concevoir, la fidélité autrement que par rapport à lui et aux divers engagements qu’il comporte. (…)

Quand même aurions-nous fait, à un moment donné nos voies des voies de Dieu, tout est toujours à recommencer, à reprendre. La fidélité n’est finalement que l’ouverture au souffle de l’Esprit, nous conduisant où il veut et comme il veut, brouillant nos pistes pour qu’il soit bien sûr que c’est Lui qui mène la danse. La fidélité ne consiste qu’à emboîter le pas. Que nous l’ayons fait un jour, c’est bien. Que nous le fassions aujourd’hui, autrement peut-être, c’est mieux. Que nous le fassions toujours, quelle que soit la cadence, faisant fi de nos prévisions, c’est ce vers quoi nous devons tendre, et c’est alors que nous serons fidèles. Nous mettre au pas de Dieu, jour après jour…

Pour nous, que sera demain ? Peu importe. Certainement pas ce que fut hier, en tout cas ! Dieu seul connaît : et fait notre route. La fidélité consiste à la suivre, la découvrant pas à pas. L’itinéraire, imprévisible, parfois apparemment insensé, ne nous apparaîtra qu’ensuite, quand nous l’aurons parcouru, dans sa sagesse ineffable. Plus de rails ? Quelle libération ! Acceptons la marche à l’Etoile ! Et que, tournés vers l’avenir, attentifs aux signes de Dieu, nous allions toujours de l’avant, vers son Royaume !

« Mes enfants de Kaboul », 1983, p. 188