11 mars 2026.
Années Paires
Ex 33, 7-11.18-23 ; 34, 5b-9.29-35
Le désir de Moïse
D’une méditation de saint Grégoire de Nysse (4ème siècle)
Le grand Moïsese transporte dans un lieu désert que la vie des hommes ne trouble pas. Il fait paître dans son âme le troupeau des animaux paisibles et se débarrasse de ses chaussures pour monter plus allègrement vers la flamme. Il réclame la liberté pour les siens. Il voit son ennemi se noyer, englouti sous les flots. Il demeure sous la nuée. Il apaise la soif avec le Rocher et récolte le pain du ciel. Par ses mains étendues, il triomphe de l’étranger. Il entend la trompette, entre dans la ténèbre, pénètre dans les secrets d’une tente qui n’est pas faite de main d’homme. Il apprend les mystères du sacerdoce, anéantit l’idole, apaise Dieu, restaure la loi brisée par la malice des Juifs. Il rayonne de gloire, et bien qu’il soit arrivé à de tels sommets, il brûle encore de désir. Insatiable de posséder davantage, il a encore soif de ce dont il s’est désaltéré à satiété. Comme s’il n’en avait pas encore joui, il demande à Dieu, il supplie Dieu de se manifester à lui, non dans la mesure où il peut y participer, mais selon ce que Dieu est en lui-même. (…)
La voix divine agrée cette demande par le fait même qu’elle la repousse, offrant en peu de mots un abîme sans fond de pensée. La générosité de Dieu lui accorde, en effet, l’accomplissement de son désir, mais elle ne lui promet pas d’apaiser sa soif. Dieu ne pouvait en effet se montrer lui-même à son serviteur : cette vue aurait été telle qu’elle eût arrêté le désir du voyant. Car la véritable vision de Dieu consiste précisément dans le fait que celui qui lève les yeux vers lui ne cesse jamais de le désirer…. Et c’est là réellement voir Dieu que de ne trouver jamais de satiété à ce désir.
