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Sainte Cécile

22 novembre 2025.

L’amour et le chant

Par le Cardinal Joseph Ratzinger

L’association de l’amour et du chant est apparue dans l’Ancien Testament de façon relativement étrange, par le biais du Cantique des cantiques, qui est en soi un recueil de chants d’amour tout à fait humains. Le choix de l’intégrer au Canon révèle qu’on en fit très tôt déjà une interprétation plus large. Si l’on a pu considérer ces poèmes d’amour, les plus beaux d’Israël, comme des paroles inspirées de l’Écriture sainte, c’est que l’on y voyait en filigrane le mystère d’amour de Dieu et d’Israël. Dans la langue des prophètes, le culte des dieux étrangers était assimilé à une « fornication », dans un sens très concret, puisque les rites de fertilité incluaient la prostitution sacrée. À l’inverse, l’élection d’Israël leur apparaît comme une histoire d’amour entre Dieu et son peuple, scellée par l’Alliance. C’est donc à travers le vocabulaire caractéristique de celle-ci – fiançailles, mariage, etc. – que l’amour humain a pu servir de métaphore aux actes de Dieu en Israël.

    Jésus reprend cette tradition dans une de ses premières paraboles, où il se présente comme l’époux. Quand on lui demande pourquoi ses disciples ne jeûnent pas, contrairement à ceux de Jean et aux pharisiens, il répond : « Sied-il aux compagnons de l’époux de jeûner pendant que l’époux est avec eux ? Tant qu’ils ont l’époux avec eux, il ne leur sied pas de jeûner. Viendront des jours où l’époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront, en ce jour-là ». C’est là une prophétie de la Passion, mais aussi l’annonce des Noces, un thème récurrent dans les paraboles de Jésus. À travers la Passion, tout se dirige vers les Noces de l’Agneau, qui constituent le centre de l’Apocalypse. Comme ces Noces se présentent sous la forme d’une liturgie céleste, qui semble depuis toujours anticiper la liturgie terrestre, les chrétiens ont vu dans l’Eucharistie la venue de l’époux et l’anticipation des noces de Dieu avec l’homme.

Le chant de l’église sort des profondeurs de l’amour pour Dieu : « Chanter est le propre de celui qui aime », dit saint Augustin.

 L’esprit de la liturgie, p. 114-116