29 octobre 2025.
Commentaire RB 19
1 Nous croyons ceci : Dieu est présent partout, et « partout les yeux du Seigneur regardent les bons et les méchants » (Proverbes 15, 3).
2 Mais nous devons le croire surtout et en être bien plus certains encore quand nous participons au Service de Dieu.
3 C’est pourquoi rappelons-nous toujours les paroles du Prophète : « Servez le Seigneur avec un respect confiant » (Psaume 2, 11).
4 Et encore : « Chantez les psaumes avec sagesse » (Psaume 46, 8).
5 Et : « Je chanterai pour toi en présence des anges » (Psaume 137, 1).
6 Alors faisons bien attention à notre attitude en présence de Dieu et de ses anges.
7 Et quand nous chantons les psaumes, tenons-nous de telle sorte que notre esprit soit d’accord avec notre voix.
« Mens nostra concordet voci nostrae » (que notre esprit concorde avec notre voix) RB 19-20.
Saint Augustin qui semble bien être ici la source de Benoît disait : « Lorsque vous priez Dieu par des psaumes et des cantiques de louange, que vive dans votre cœur ce qui est formulé par vos lèvres ».
La prière liturgique est radicalement différente de celle de certains groupes plus récents de prière où chacun laisse libre cours à l’expression de ses sentiments personnels. Le moine essaye de faire de toute sa vie une prière. Dans le fond de son cœur, il exprime constamment à Dieu ses propres sentiments, qu’ils soient de joie ou de tristesse, d’enthousiasme ou de découragement, d’audace ou de peur. Lorsqu’il se réunit pour une prière commune avec ses frères, il se met à l’écoute d’une prière « objective » qui exprime l’attitude de foi de l’Église. Il se laisse former par cette longue suite de croyants et de témoins ; il laisse leurs paroles former son esprit à une attitude de confiance, de repentir, de supplication et de louange.
« Que notre esprit concorde avec notre voix »… Ce n’est pas notre voix qui doit concorder avec notre esprit !
Ce n’est pas notre esprit, notre connaissance, notre réflexion théologique qui nous apprennent à prier, mais c’est notre prière qui nous apprend à penser et qui nous révèle ce que les livres ou les études sont incapables de nous donner.
La liturgie est le lieu du véritable savoir et elle atteint son sommet en même temps que son achèvement dans l’eucharistie. Dans la liturgie, le savoir de l’intelligence et le savoir du cœur et de la foi en viennent à coïncider.
La théologie emprunte forcément des formes et une terminologie de doctrines philosophiques pour exposer le contenu de la foi, c’est pour cela qu’elle est une science comme une autre, avec son objet propre, mais ce n’est pas la théologie qui engendre la foi, c’est le Christ vivant, dans la liturgie, qui illumine et éclaire la foi, c’est Lui qui fait brûler les coeurs.
Dans la liturgie, la théologie est replacée dans le domaine de la prière. La liturgie rend la pensée de l’homme sacramentelle.
Il en va de même pour l’Écriture, référence centrale de toute théologie. La lecture liturgique de la Parole sacrée a une signification et une valeur spirituelles différentes de la simple méditation personnelle. C’est la révélation par l’Écriture qui constitue l’ossature dogmatique de la liturgie, c’est elle qui rend opérantes les certitudes de la foi, en même temps qu’elle les intègre dans une unité qui ne peut pas s’exprimer par la seule intelligence du théologien, mais cette unité de la foi, beaucoup plus forte que celle, uniquement notionnelle, du Credo, touche le cœur et apporte le salut.

Commentaire RB 4, 11-21