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Solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie

8 Décembre 2025.

Rm 5, 12-21

La nouvelle Ève

Méditation de saint John Henry NEWMAN (du 19ème siècle)

       En Marie, la marche du monde allait être renversée, et la tête du serpent écrasée. En elle, la malédiction proférée contre Ève devint bénédiction. Dans cette terrible transaction qui aboutit à la chute de l’homme, il y eut trois parties concernées, le serpent, la femme et l’homme ; et au moment de leur condamnation, un événement fut annoncé pour un lointain avenir, et où les mêmes parties allaient se retrouver : le serpent, la femme et l’homme. Mais ce devaient être un second Adam et une seconde Ève, et cette nouvelle Ève devait être la mère du nouvel Adam. « Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien ». Le lignage de la femme est le Verbe Incarné et la femme, dont Il est le lignage ou le fils, sa mère Marie.

Si Ève à l’origine, habitée de ce don moral que nous appelons grâce, présentait une plus haute qualité humaine, est-il téméraire de dire que Marie fut encore davantage comblée de grâce ? Et si Ève avait en elle ce don surnaturel dès le premier instant de son existence personnelle, est-il possible de refuser ce même don à Marie dès le premier instant de son existence personnelle ? Je ne vois pas comment éviter cette conclusion : c’est, tout simplement et littéralement, la doctrine de l’Immaculée Conception. Elle me paraît vraiment se rattacher à celle des Pères, selon laquelle Marie est la Seconde Ève. C’est pour moi, à la vérité, un phénomène des plus étranges que tant de gens instruits et de piété sincère, trébuchent sur cette doctrine. Je ne puis me l’expliquer qu’en supposant qu’en réalité ils ne savent pas ce que nous entendons par l’Immaculée Conception.

Nous n’acceptons pas que Marie ait eu le péché originel. Par ce terme, en effet, nous entendons la dépossession de cette grâce surnaturelle et absolument gratuite qu’Adam et Ève avaient reçue au moment même où ils furent créés, cette dépossession et ses suites. Pas plus qu’eux Marie ne pouvait mériter une réintégration en cette grâce ; mais celle-ci lui fut rendue par un acte de pure générosité de la part de Dieu, au tout premier instant de son existence ; et de ce fait elle ne se trouva jamais sous le coup de la malédiction originelle, qui consistait en la perte de cette grâce.

Le mystère de l’Église, p. 105-108.