Saint Romuald

19 juin 2026.

Un homme libre, un fou de Dieu

Par le Père Marie-Albert Lassus (20ème siècle)

Romuald n’est pas extrêmement classique, pas du tout le moine rangé, étiquetable, défini. Tel le voyait déjà son contemporain, disciple et admirateur, saint Pierre Damien, en écrivant sa vie. Je le sens gêné par son héros qui, décidément, échappe aux règles de bienséance d’une bonne vie de moine ou d’ermite. Bien sûr, il n’ose pas le traiter de gyrovague, d’instable, d’homme qui ne sait pas ce qu’il veut, car Romuald a l’air d’être tout ça, en effet. Songez donc : le voici tantôt cénobite, tantôt ermite ou même reclus, abbé du monastère de sa profession, puis, démissionnaire au bout d’un an de gouvernement ; fondateur de couvents et d’ermitages, le voilà soudain en route vers les terres lointaines, pour y mêler son sang au sang de l’agneau…

Or il ne dépasse guère la frontière des Alpes, retourne alors vers sa chère Italie et prêche comme un séraphin, avec une si étrange passion qu’il n’en peut plus et s’enfuit dans la solitude en sanglotant. Pendant des mois, c’est la prison, puis la fondation de Camaldoli, le Saint-Ermitage, que Romuald quittera, un jour, tout en larmes, pour, à Val di Castro, terminer, solitaire, sa solitaire vie. Pierre Damien essaie de nous faire admettre que si le saint change si souvent de lieu, le motif en est, sans doute, que, dès son arrivée quelque part, les foules l’assaillent. Aussi dès qu’il voit le monastère ou l’ermitage qu’il fonde ou qu’il visite capable de se suffire, vite, il s’enfuit.

Et voilà bien une explication raisonnable, acceptable. Mais la vérité semble être ailleurs. Romuald est un de ces rares hommes adaptés uniquement à l’absolu; qui ne se laisseront jamais emprisonner par quoi que ce soit, pour si valable ou si sacré que cela paraisse; un de ces êtres qui ne pourront jamais entrer dans une catégorie, car ils sont possédés, dirigés par cet enivrant Esprit de Dieu dont Jésus Lui-même disait un soir au vieillard Nicodème : Il souffle où il veut, et tu ne sais ni d’où il vient ni où il va (Jn 3, 8).Paul de Tarse dira lui aussi: Là où est l’Esprit, là est la liberté(2 Co 3, 17). C’est l’Esprit de la folle Sagesse qui préside en l’âme de Romuald.