11 novembre 2025.
Martin et le Diable
Dans les Dialogues de Sulpice Sévère
Dans ses tentatives pour se jouer de Martin et de lui nuire par mille artifices, le diable se manifestait fréquemment de manière visible, sous les formes les plus diverses. Il se présentait à lui en métamorphosant ses traits, parfois en la figure de Jupiter, d’habitude en Mercure, souvent même en Vénus ou en Minerve. Toujours impavide, Martin se protégeait contre lui par le signe de la croix et le secours de la prière. Parfois on entendait les injures dont l’accablait une foule de démons aux clameurs terrifiantes ; mais sachant bien que toutes leurs accusations n’étaient que mensonges et verbiage, il ne s’en troublait pas.
Quelques-uns des frères attestaient même avoir entendu le démon lui reprocher, avec force clameurs, d’avoir reçu dans le monastère, après leur conversion, quelques frères qui jadis avaient perdu la grâce de leur baptême par diverses erreurs ; et le diable énumérait les fautes de chacun. Tenant tête au diable, Martin avait répondu fermement que les fautes anciennes étaient expiées par une meilleure conduite et que, par la miséricorde du Seigneur, ceux qui avaient cessé de pécher devaient être absous de leurs péchés. Le diable rétorquant qu’il ne convenait pas que les coupables soient pardonnés, et que pour une seule faute, aucune clémence ne pouvait être accordée par le Seigneur, Martin s’exclama : « Si toi-même, misérable, tu renonçais à poursuivre les hommes et si tu te repentais de tes méfaits, pour ma part, vraiment confiant dans le Seigneur Jésus-Christ, je t’assurerais de sa miséricorde ». Ah ! Que ce fut là présumer saintement de la tendresse du Seigneur ! Si Martin ne put s’arroger le pouvoir de le faire, il montra du moins son sentiment !
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Vie de saint Martin, N° 22, 24.
