21 novembre 2025.
Marie et le Temple
Par le Père Yves CONGAR
Les chances historiques d’une enfance de Marie au Temple, comme le suppose la fête de la Présentation, sont nulles. Rien de semblable, en effet, n’a le moindre appui dans la documentation historique assez abondante que nous avons sur la vie du Temple et les mœurs juives à l’époque où Marie pouvait avoir trois ans. Il ne s’agit donc ici que d’une traduction symbolique d’une réalité spirituelle profonde sur laquelle la tradition et la doctrine de l’Église nous renseignent valablement : Marie, prédestinée à être la digne Mère de Jésus, vrai Dieu et vrai homme, fut aussi prévenue de grâces exceptionnelles et vécut dans une fidélité sans tache, la vie la plus pure de consécration intérieure au Dieu d’Abraham, de David et des Prophètes. Type de toutes les âmes fidèles et de l’Église elle-même, elle a vécu spirituellement, de façon éminente, cette présentation qui pour chacun de nous, doit commencer dans le service de la foi et s’achever dans le ciel.
Il est clair que la tradition et la doctrine ecclésiales, sans verser dans les créations imaginatives des apocryphes, peuvent poser, sur la situation de la Mère de Dieu, soit à l’égard du Temple juif, soit à l’égard du temple messianique, des affirmations qui dépassent de beaucoup ce que nous disent explicitement les brefs passages de l’Évangile où l’on voit Marie dans le temple. En effet, celle-ci, en tant que Mère de Dieu, a un rapport singulier à l’égard du corps du Christ, qui est le vrai temple. Elle est elle-même temple de Dieu à un titre tout à fait particulier et sublime, soit comme contenant le Christ depuis le temps de sa conception jusqu’à celui de sa naissance, soit en raison des dons spirituels exceptionnels que lui ont valus sa maternité divine et le plein consentement qu’elle lui a librement donné, non seulement depuis l’Annonciation, mais durant toute son existence. (…)
Elle est le tabernacle du Très-Haut. Elle est temple parce qu’elle est Mère. Elle est le temple qui contient l’autel, à savoir le Christ… Il est donc clair qu’une référence christologique se trouve dans cette attribution à Marie de la qualité de temple… Aucune pure créature n’a été le temple de Dieu plus purement ou plus parfaitement qu’elle.
Le Mystère du Temple, p. 302 – 306.
