Notre Dame du Rosaire

7 octobre 2026.

« Je vous salue Marie » une homélie modèle

D’une méditation de Timothy RADCLIFFE (20ème siècle)

Le “Je vous salue Marie” commence par les mots de l’Ange Gabriel : “Je vous salue Marie pleine de grâce, le Seigneur est avec vous”. Les anges sont des prêcheurs professionnels. C’est leur être même que de proclamer la Bonne Nouvelle. Les paroles de Gabriel sont un parfait sermon. Et en plus, il est bref ! Il proclame l’essence de toute prédication : “Le Seigneur est avec vous”. C’est là que nous trouvons le cœur de notre vocation : nous dire les uns aux autres : “Ave Daniel, Ave Éric, le Seigneur est avec toi”.

Par un autre aspect encore, “Je vous salue Marie” est une sorte d’homélie. Une homélie ne nous parle pas seulement de Dieu. Elle naît de la Parole que Dieu nous adresse. La prédication n’est pas uniquement le récit des événements liés à Dieu. Elle nous donne la Parole de Dieu, Parole qui rompt le silence entre Dieu et nous. (…)

En fait, à l’époque de saint Dominique, l’Ave Maria n’était formé que des seuls mots de l’ange et d’Élisabeth. Notre prière était faite des paroles que l’on nous avait données. Ce n’est que plus tard, après le concile de Trente, que fut ajouté notre propre discours à Marie. Bien souvent, nous concevons la prière comme l’effort fait pour parler à Dieu. La prière a parfois l’air d’une lutte pour atteindre un Dieu distant. Nous entend-il seulement ? Mais cette simple prière de l’Ave Maria nous rappelle qu’il n’en va pas ainsi. Ce n’est pas nous qui brisons le silence. Quand nous parlons, c’est en réponse à des paroles reçues. Nous pénétrons dans une conversation qui a déjà commencé sans nous. L’ange proclame la Parole de Dieu : “Je vous salue, Marie”. Et cela crée un espace dans lequel nous pouvons parler à notre tour : “Sainte Marie, mère de Dieu”. (…)

Comme l’écrivit saint Paul, quand nous crions : “Abba, Père”, “l’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu”. Les saluts de l’ange et d’Élisabeth à Marie se poursuivent par les mots que nous lui adressons. La seconde moitié de la prière fait écho à la première. L’ange a dit : “Je vous salue Marie, pleine de grâce” ; dans notre bouche, cela devient le même salut : “Sainte Marie”. Élisabeth dit : “Le fruit de vos entrailles est béni”, et nous disons : “mère de Dieu”. Nous sommes gagnés par la Parole de Dieu. Notre prière, c’est Dieu qui parle en nous. Nous sommes entraînés dans la conversation qui est la vie de la Trinité.