10 mars 2026.
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Ex 32, 1-20
La compassion de Moïse
D’un sermon de saint Bernard (12ème siècle)
Ce peuple exaspérant au milieu duquel Moïse passait son temps, ne parvint jamais, avec tous ses murmures et ses révoltes à chasser l’onction de l’Esprit qui lui avait été départie. Malgré des querelles perpétuelles et des plaintes quotidiennes, il ne se départit jamais de sa mansuétude.
C’est à bon droit que le Saint-Esprit le déclare le plus doux de tous les hommes qui vécurent sur terre. Pacifique avec les ennemis de la paix, non seulement il ne s’irritait pas contre un peuple ingrat et rebelle, mais il tentait encore d’apaiser par son intercession la colère de Dieu, ainsi qu’il est écrit : « Dieu parlait de les exterminer, si Moïse son élu, ne se fût tenu devant lui sur la brèche pour détourner sa fureur et l’empêcher de les détruire ». Il dit au Seigneur : « S’il te plaît, pardonne-leur ! Sinon, efface-moi du livre que tu as écrit ». Quel homme vraiment pénétré de miséricorde ! Il parle vraiment avec la tendresse d’une mère qui ne peut goûter aucun bonheur si ses enfants en sont exclus. Prenons un exemple : si un riche disait à une pauvre femme : « Entre, et viens t’asseoir à ma table, mais laisse à la porte cet enfant que tu portes dans tes bras, car il pleure et nous importune », que ferait cette femme ? Ne préférerait-elle pas avoir faim, plutôt que de manger à la table du riche, après avoir abandonné son petit enfant ? De même Moïse n’accepte-t-il pas d’entrer seul dans la joie du Seigneur, si son peuple doit rester à la porte, car il a pour ce peuple turbulent et ingrat les sentiments d’une mère. Ses entrailles sont déchirées, mais il juge cette torture plus supportable que la séparation.
