16 novembre 2025.
Années impaires
Ez 16, 3-19. 35-43
C’était le matin
D’un Sermon de saint Pierre Chrysologue
Après la tempête de la Passion du Seigneur, celui-ci vint vers la mer et retrouva ses disciples ballottés dans les ténèbres de la nuit. Le soleil ayant fui, quelle splendeur pouvait avoir la lune ? Quel secours pouvaient apporter les étoiles ? L’univers fut tellement agité, son ordonnance tellement bouleversée par la mort de son Créateur, qu’il s’est cru précipiter dans les ténèbres originelles et dans l’antique chaos. Subitement, par l’éclat de sa résurrection, le Seigneur ramena le jour, dota d’un corps nouveau tout l’univers d’antan, de sorte qu’il semblait ressusciter avec lui dans la gloire, celui qui avait pris une telle part à sa douleur. L’évangéliste le dit : « C’était le matin », car la nuit de la Passion avait pris fin, et Jésus se tint sur le rivage pour tout ramener à sa destination primitive, affermir les doutes, calmer ce qui était agité, apaiser les troubles, affermir les fondements de l’univers, lui qui maintenant se tenait debout.
« C’était le matin, et Jésus se tint sur le rivage ». Surtout pour que l’Église, cet esquif où les disciples se trouvaient ballottés par les eaux amères, retrouvât une ferme stabilité dans la foi. De fait, le Seigneur retrouvait ses apôtres dénués de la vertu de foi, sans force et sans courage : il reprend de tels hommes en les appelant : « enfants », puisqu’il leur dit : « Enfants, n’avez-vous rien à manger ? ». Car il y avait là Pierre qui l’avait renié, Thomas qui avait douté, Jean qui s’était enfui. Lors donc que ce n’étaient pas de vaillants soldats, il leur donne ce nom d’ »enfants », car ils avaient peur. Jésus ne les reconnaît pas encore de taille pour la lutte, de sorte qu’ »il invite à sa table ces mous, en leur disant : « Enfants, n’avez-vous rien à manger ? ». Il ramenait l’humanité à la grâce, à la confiance par le pain, à la foi par la nourriture. Car ils ne croiraient pas qu’il fût ressuscité, s’ils ne le voyaient pas manger comme le fait tout homme. Et voilà donc pourquoi celui qui rassasie tout homme leur demande à manger : il mange du pain, lui qui a toujours faim, non de cette nourriture, mais de l’amour des siens.
