Sainte Thérèse d’Avila

15 octobre 2026.

Qu’il soit béni pour ses bienfaits

De l’autobiographie de sainte Thérèse d’Avila (16ème siècle)

Au moment où je recevais l’habit religieux, le Seigneur me fit comprendre quelles faveurs il accorde à ceux qui savent se vaincre par amour pour lui. Personne cependant n’avait soupçonné cette lutte ; on n’avait vu en moi qu’un très grand courage. Aussitôt j’éprouvais une telle joie d’être enfin dans l’état religieux que depuis lors je n’ai jamais cessé de la goûter.

Dieu changea la sécheresse où était mon âme en l’amour le plus tendre pour lui. Tous les exercices de la vie religieuse faisaient mes délices ; et c’est la pure vérité. Ainsi, par exemple, quand j’allais parfois balayer aux mêmes heures que j’avais coutume d’employer précédemment à mes plaisirs et à mes parures, je me rappelais que j’étais enfin libre de toutes ces vanités : une joie nouvelle inondait mon âme. J’en étais surprise moi-même et je ne pouvais comprendre d’où elle venait. Quand je me rappelle ces souvenirs, il n’y a pas d’obstacle, si grand soit-il, que je ne me sente prête à affronter. J’en ai fait souvent l’expérience : chaque fois que l’on s’applique dès le début d’une entreprise à agir uniquement pour Dieu, il veut, pour augmenter nos mérites, que nous sentions de la frayeur avant de mettre la main à l’œuvre. Plus la frayeur est grande, plus aussi, quand on la surmonte, la récompense est abondante et procure ensuite de la joie…

   Je le répète, si je devais raconter par le détail la conduite miséricordieuse du Seigneur à mon égard dans ces débuts, il faudrait une autre intelligence que la mienne. Je ne saurais donner une idée des bienfaits dont je lui suis redevable, ni de l’excès de mon ingratitude et de ma malice. J’ai même tout oublié. Qu’il soit béni à jamais de m’avoir supportée si longtemps ! Ainsi soit-il !