23 janvier 2026.
Travailler ensemble
Méditation du Frère Roger Schütz (20ème siècle)
C’est parce que l’on ne peut ou ne veut plus passer une période de crise ensemble, que l’on rompt avec ses semblables. Or c’est souvent à longue distance seulement que l’on peut juger les conséquences d’une rupture. Quant à nous, ce sera peut-être surtout dans l’avenir que nous constaterons et subirons le plus lourdement les conséquences de quatre siècles de divisions entre chrétiens.
Quand on traverse une période de tension dans la vie conjugale ou dans toute autre forme de communauté chrétienne, il est évident que la rupture créerait momentanément un climat de détente. C’est ainsi que l’abandon d’un engagement solennel peut tout d’abord, à cause du dépaysement qu’il provoque, apporter un réel soulagement, voire un certain épanouissement premier. Toutefois certaines évolutions des profondeurs ne peuvent être considérées qu’à longue échéance. Après une période euphorique, l’abandon du mariage ou du sacerdoce, par exemple, ne peut qu’amener une nouvelle crise grave, à moins que l’on ne renonce délibérément à maintenir l’intégrité de la personne et à parfaire son unité. Il faut le reconnaître : toute rupture, qui sur le moment abolit la tension, est en définitive un appauvrissement. Aussi ne pouvons-nous souhaiter à aucun chrétien et pas davantage à aucune chrétienté cet appauvrissement. (…)
Ne point accepter de désagréger ce qui existe, mais au contraire aider au dépassement qui seul permet de sortir d’une crise, plus fort et enrichi. Se garder alors des fausses victoires qu’on croit obtenir quand on a imposé une idée personnelle. Voilà l’attitude d’un vrai réalisme chrétien…. Arracher des hommes à leur confession, c’est risquer de les extraire d’une situation sociologique où la grâce de Dieu pouvait les toucher abondamment et les sortir du lieu où pouvait renaître une vraie foi dans la ligne d’une continuité.
En tout, apprendre à regarder le chrétien d’en face avec le regard même du Christ. Considérer en l’autre ce que Dieu a déposé en lui de meilleur ; et n’est-ce pas le Christ lui-même ? Ce regard prépare à respecter et à aimer le frère [chrétien] et, du même coup, à découvrir chez lui les trésors insoupçonnés que Dieu a déposés lui-même.
