13 octobre 2025.
Commentaire RB 9
2ème partie
1 Pendant l’hiver, du 1er novembre jusqu’à Pâques, on dit d’abord trois fois le verset : « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange » (Psaume 50, 17).
2 On ajoute le psaume 3 et le « Gloire au Père ».
3 Ensuite on chante le psaume 94 avec antienne, ou bien sans antienne, d’un bout à l’autre sans s’arrêter.
4 Après cela, il y a l’hymne et six psaumes avec antiennes.
5 Quand les psaumes sont finis, on dit le verset, et l’abbé donne la bénédiction. Tous les frères s’assoient sur leur siège et on fait trois lectures. Les frères lisent l’un après l’autre dans un livre posé sur le pupitre. Entre chaque lecture, on chante un répons.
6 On dit les deux premiers répons sans « Gloire au Père ». Mais, après la troisième lecture, celui qui chante dit le « Gloire au Père ».
7 Dès que le frère commence à chanter le « Gloire au Père », tous se lèvent de leur siège pour honorer et respecter la Sainte Trinité.
8 A l’office des Vigiles, on lit la Parole de Dieu dans l’Ancien et le Nouveau Testament. On lit aussi les explications que les Pères catholiques ont données de ces lectures. On prend les Pères connus pour leur enseignement juste, et que l’Église du monde entier accepte comme maîtres.
9 Après les trois lectures et les trois répons, on chante les six autres psaumes avec « Alleluia ».
10 Après ces psaumes, il y a un passage de l’apôtre Paul. On le récite par coeur. Puis on dit un verset et la supplication de la litanie, c’est-à-dire : « Seigneur, prends pitié. »
11 Voilà comment les Vigiles se terminent.
L’Office de la nuit dans le monachisme pachômien était d’une simplicité extrême. Tous les frères étaient assis, faisant un travail manuel simple – comme tresser des corbeilles ou des nattes – pendant qu’un frère récitait par cœur un psaume ou une autre partie de l’Écriture. Au signal du supérieur tous se levaient pour réciter le Pater les mains étendues, puis se prosternaient dans un moment d’adoration avant de se rasseoir pour écouter un autre morceau d’Écriture. Chez Benoît, c’est beaucoup plus structuré, même si c’est d’une grande simplicité. Il y a tout d’abord une antienne chantée – car une antienne récitée est une contradiction – puis le psaume probablement chanté par un psalmiste. Après le sixième psaume, il y a un verset avec son répons, puis l’abbé prononce une bénédiction. Des solistes lisent alors trois leçons dans le lectionnaire, chaque leçon étant suivie d’un répons. Après le troisième répons celui qui l’a lu chante le Gloria Patri et tous se lèvent « en l’honneur de la Trinité ». C’est la seule mention du mot « Trinitas » dans la Règle, ce qui n’empêche pas que le Père, le Fils et l’Esprit soient souvent mentionnés. Cette première série de six psaumes est suivie de trois leçons entrecoupées de trois répons chantés. Suit un deuxième groupe de six psaumes, après lequel un lecteur récite par cœur un passage de saint Paul, puis c’est la conclusion de l’Office.
Avant tout cela il y a l’introduction de l’Office qui est assez élaborée : Tout d’abord le chant du verset 17 du psaume 50, répété trois fois : « Seigneur ouvre mes lèvres… », qui donne déjà à tout l’Office de la nuit un sens de louange. Suivent les psaumes 3 et 94, tous deux déjà traditionnels dans les liturgies orientales pour le début de l’Office nocturne. Puis l’hymne, que Benoît appelle « ambrosien », la tradition attribuant à saint Ambroise un grand nombre d’hymnes.
Un mot sur la tradition des douze psaumes. C’est une vielle tradition attribué à saint Pachôme, parce qu’on la trouve dans la Règle qu’un ange aurait donné à Pachôme, selon l’Histoire Lausiaque de Pallade. Cette tradition remonte à l’époque où les premiers moines s’efforçaient de pratiquer la prière continuelle. L’un des moyens qu’ils imaginèrent pour maintenir un sens aussi constant que possible de la présence de Dieu fut de réciter une prière à chacune des douze heures de la nuit et à chacune des douze heures du jour. Graduellement ces heures de prières furent regroupées au début et à la fin de la journée. Ce qu’il faut retenir de cette évolution, c’est que l’important n’est pas de réciter un certain nombre de psaumes ou d’autres prières, mais de maintenir une attitude de prière constante.
Concernant les lectures à lire, Benoît parle de lectures tirées des livres d’autorité divine tant de l’Ancien que du Nouveau Testament et aussi des commentaires écrits par les Pères catholiques connus pour leur orthodoxie. Le but de ces lectures au coeur de l’Office n’est pas de nous instruire ou de nous informer. Il s’agit d’une lectio divina, dans son sens premier et fondamental : une simple écoute de la Parole de Dieu nous venant à travers l’Écriture et la grande Tradition de l’Église. De nos jours, dans les monastères, l’habitude se prend de choisir souvent, pour le deuxième nocturne, des écrits plus récents, y compris d’auteurs encore vivant. La règle donnée par Rome lors de la réforme de l’Office tout de suite après le Concile était sans doute sage. Cette règle était de ne jamais prendre un auteur vivant, l’idée étant que ce n’est qu’après au moins quelques générations qu’il devient manifeste si un auteur, peut-être populaire de son temps, exprimait bien le sensus fidei de l’ensemble du Peuple de Dieu, ou des opinions personnelles pouvant être stimulantes mais demeurant très liées à leur contexte culturel. Encore une fois, l’Office divin n’est pas un moment de réflexion ou de catéchèse, mais un moment de lectio divina, c’est-à-dire de contact avec la Parole de Dieu récitée ou écoutée – et on l’écoute y compris lorsqu’on la récite soi-même.

28 août