Homélie du Sacré-Coeur (A)




Homélie du Sacré-Coeur (A)

Homélie du Sacré Cœur 

Année A

 

Pour nous parler du Cœur de Jésus, pour nous parler du centre absolu de l’univers créé, du plus important, du plus vital du monde, le Deutéronome et l’Evangile nous renvoient aujourd’hui au privilège du PETIT : le privilège du PLUS PETIT, le privilège du TOUT-PETIT.

Message oublié, ou difficile à entendre. 

Lorsque nous pensons à Dieu, nous pensons souvent à Celui qui est Tout-Puissant, qui est grand, qui est fort.

Et pourtant, aujourd’hui, Jésus vient nous redire la béatitude des tout-petits.
Comme Moïse l’a fait pour Israël : « Heureux es-tu, Israël ! N’oublie pas que tu fus choisi… parce que tu étais le plus petit de tous les peuples ! Ne laisse pas tes privilèges à un autre ! » (cf Ba 4,3-4).

Quel est le privilège du petit ?

Un privilège qu’on peut longtemps ignorer, négliger, nier même, mais qui se révèle au dernier moment, à l’approche du danger : le privilège du passage. Le petit passe là où le gros et le grand restent coincés.

Rappelez-vous les apôtres qui s’extasiaient devant le Temple, si beau, si grand… rappelez-vous ce que fait Jésus à ce moment-là : que regarde Jésus ?
Une petite veuve qui jette deux petites pièces dans le trésor ! Il regarde un geste insignifiant, un détail minuscule, et il trouve que ‘c’est beau, ce qui est petit’, et il le leur dit, il nous le dit…

Et, à la suite de Jésus, mais parfois dans d’autres traditions, d’autres prophètes se lèvent, et recommencent à s’occuper du petit qui est beau, qui est splendide, qui seul est prometteur de grandes choses, comme les bourgeons du figuier qui sont petits mais qui promettent le printemps.

Alors quel est donc cet immense privilège du petit, du tout-petit ?

Comment opère ce privilège qui, à en croire Jésus dans l’évangile, le fait bénéficiaire de la Révélation divine, bénéficiaire du SECRET de Dieu ?

La Lettre de saint Jean nous le dit, me semble-t-il : « Voici à quoi se reconnaît l’amour : que ce n’est pas nous qui avons aimé… »

Telle est très exactement la situation du tout-petit : que ce n’est pas lui qui aime d’abord, pas lui qui aime le premier, pas lui qui prend l’initiative.

Il se laisse aimer d’abord. Il n’a aucune science de rien, aucune connaissance de personne, il se laisse nourrir, langer, bercer, câliner, longtemps avant de trouver la réponse juste à cet amour reçu, longtemps avant de pouvoir éprouver l’amour second, l’amour en réponse, la juste reconnaissance, longtemps avant d’avoir appris à sourire.

Le privilège du tout-petit est le privilège d’être précédé en tout.

Conséquence nette et immédiate, à mettre en œuvre dès que possible, par vous, par moi, par tout le monde : si nous voulons connaître LE privilège de l’amour, ne prenons pas la première place, ne passons pas devant les autres, ne demandons pas la carte « privilège » qui permet de passer avant les autres.

Demandons plutôt le privilège d’être précédé.

Commençons par goûter l’amour qui nous est DEJA donné, déjà offert même s’il est, à première vue, caché, très caché, insensible ou invisible. 

Si dans notre vie, l’amour est vraiment trop caché, remontons plus haut, contemplons l’amour de Celui qui a voulu pour vous la vie, l’amour du Père des cieux.
Devenons fils ou fille de Dieu, et soyons dès lors des privilégiés permanents ! Revendiquons notre titre d’héritiers ! On ne peut connaître l’amour que par héritage, aucune conquête n’est possible, aucune acquisition… 

« Si quelqu’un donnait toutes les richesses du monde pour acheter l’amour, il ne recueillerait que mépris » (Ct 8,7)

L’amour m’est venu d’un autre, et demain me viendra encore des autres.
Plongeons dans la reconnaissance, baignons, immergeons-nous dans la reconnaissance, et vivons-en !

Comme Jésus !

Le cœur du Christ ne bat que de cet amour-là.

Le Cœur du Fils ne vit que de cet amour reçu du Père auquel il ne fait jamais écran quand il le donne à son tour ; il le révèle au contraire, il le dispense, il le rend sensible, visible jusqu’au bout, jusque dans la Croix.

Merveille de l’amour, qui me permet de donner ce qui n’est pas à moi : cadeau émerveillé d’un petit enfant pour la fête des mères, qui ne fut possible qu’avec la complicité et les sous de papa, mais l’amour est bien celui de l’enfant, il n’y a aucun doute !
Demandons à Dieu de nous apprendre à donner ce qui nous vient de Lui, et qui, nous traversant, nous transforme et nous illumine.

« Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, gardez mes paroles. »
Frères, c’est la seule chose à faire : nous charger de ses paroles, si légères que nous n’en sentons pas le poids, quotidiennement, petitement, nous munir des miettes du pain rompu, de ces fragments qui nous tiennent ensemble dans l’amour de Dieu, dans le cœur immense du Christ.

 

 


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