Homélie du septième dimanche du temps pascal année A




DIMANCHE 28 MAI 2017

SEPTIEME DIMANCHE DE PÂQUES DE L’ANNEE  A

Dimanche de la prière de Jésus

Textes : Ac 1,12-14 ; Ps 26 (27) ; 1 P 4,13-16 ; Jn 17, 1b-11a

HOMELIE

Frères et sœurs, nous célébrons aujourd’hui le septième dimanche de Pâques de l’Année A, c’est le dimanche de la prière de Jésus, le dimanche de la suprême prière de Jésus. La liturgie de ce jour nous invite à méditer sur le thème de la prière. Pour nous, qu’est-ce que la prière ? Pourquoi prier ? Qui prier ? Quand prier ? Comment prier ? La prière est-elle réservée à des privilégiés ? Quel est le sens de la prière de Jésus ? Suivons les textes de ce jour pour bien nourrir notre méditation sur ce thème.

La première lecture nous montre l’expérience de la première communauté chrétienne dans le Livre des Actes des Apôtres. Cette communauté naissante est composée des apôtres, quelques femmes, Marie, mère de Jésus, et quelques membres de sa famille. Il s’agit  de ceux qui ont accompagné Jésus  tout au long de sa vie terrestre, qui maintenant s’engagent dans la mission. C’est l’Ascension, Jésus part au ciel où il est assis à la droite du Père. Du mont des Oliviers où il est monté au ciel, les apôtres retournent à Jérusalem. «  Ils retournèrent à Jérusalem (…) Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière.».

 Si Jésus est désormais invisible, il n’est pas pour autant absent, il est présent dans la communauté naissante de Jérusalem. Il est présent là où les gens sont réunis en son nom. Il est là ce matin dans cette assemblée. Il est présent dans cette communauté monastique qui est ici en son nom et qui Le célèbre à longueur de journée. Il est présent dans son Eglise. Il est présent dans chaque célébration de Sacrements.

 « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20), voilà peut-être bien une phrase qui peut éclairer la prière : on ne prie pas pour que Jésus se fasse proche, car il est proche de nous à chaque instant ; mais on prie pour se plonger dans sa présence.

[Soulignons l’importance de Jérusalem dans cette première lecture. Cette mention n’est pas que géographique, elle est plus que ça. En effet, c’est à Jérusalem que le Fils a été glorifié. C’est à Jérusalem qu’a été renouée l’alliance entre Dieu et l’humanité. C’est à Jérusalem qu’est née la première communauté chrétienne, une communauté de louange. C’est à Jérusalem que Jésus a dit à ses disciples d’attendre le don de l’Esprit.C’est à Jérusalem qu’est donné l’Esprit Saint. Jérusalem, c’est une ville chargée de notre histoire sainte, c’est la ville sainte.]

Ce thème de la prière sur lequel nous méditons,  trouve son écho dans le Psaume 26 (27), que les chantres viennent d’exécuter : « Ecoute, Seigneur, je t’appelle ! Pitié ! Réponds-moi ! » Ce psaume nous enseigne que la foi est la seule force qui nous permette de tout affronter : « De qui aurai-je crainte ? » La prière nous fait demeurer dans l’intimité et la confiance de Dieu. La prière, c’est l’expression de notre désir d’habiter avec Dieu, d’habiter dans sa maison.  La prière est un appel au secours, une supplication. Dieu s’est révélé comme Celui qui entend le cri des malheureux. La prière, c’est aussi la demande de pardon. La prière dépasse nos simples mots, c’est la rencontre même avec Celui qui est tout et qui peut tout.  Voilà ce qu’est la Prière.

Que nous dit la deuxième lecture ? Pour Pierre, le nom de chrétien fait des disciples du Christ, ceux qui rendent gloire à Dieu. Cette identité qui nous configure au Christ, fait de nous des personnes consacrées pour sa louange. Pour Pierre, la haute dignité, c’est d’être chrétien. Tout autre titre n’est rien : «  (…)Si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu pour ce nom-là. » Le Chrétien, c’est celui qui rend gloire à Dieu, et l’Eglise qui est constituée par l’ensemble des chrétiens,  est un peuple de louange.  Tous ces textes nous préparent à mieux pénétrer l’évangile de ce jour.

Frères et sœurs, l’évangile de ce jour nous parle de la prière de Jésus, de sa suprême prière. Jésus qui prie. En commençant sa prière, Jésus lève les yeux vers le Ciel. Cette prière de Jésus est à la fois contemplation et demande. Tout à l’heure dans la liturgie eucharistique, nous entendrons l’invitation du prêtre : « Prions ensemble  au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Eglise », et nous répondrons : «  pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Oui ! Pour la gloire de Dieu et pour le Salut du monde. Cette formule, c’est le résumé de cette admirable prière jaillie du cœur du Christ à l’heure de sa Passion et recueillie par saint Jean.  Jésus exprime sa soif de la gloire du Père et de notre unité à Lui.

Jésus prie pour Lui-même, Jésus prie pour Lui seul, et ses disciples ne sont mentionnés qu’en référence à Lui. La demande de Jésus s’exprime autour de deux choses : La gloire du Père et la foi de ses frères,  ces deux choses sont liées. « Glorifie ton Fils !» « Glorifie-moi !». Une demande en parfaite conformité avec la volonté du Père, puisque, précise Jésus : « l’heure est venue ». Une demande qui vient à son heure, l’heure de la glorification. La glorification du Père est étroitement liée à  la glorification du Fils. La gloire du Père sera manifestée par la gloire du Fils, car la gloire de Jésus  n’est qu’une participation à la gloire même du Père. Cetteheure de la glorification du Christ, c’est l’heure que toute la création attend comme celle d’une naissance : l’heure d’accomplissement du dessein de Dieu.

Cette heure fixée par Dieu, de toute éternité et que la volonté des hommes ne peut ni avancer, ni reculer. Dans la contemplation, Jésus voit l’amour de Dieu pour l’humanité, et il demande l’accomplissement de ce dessein d’amour : c’est cela aussi la prière. Tout ce que le Père a donné au Fils, ce sont les disciples, ceux qui viennent à Lui et croient en Lui grâce à l’initiative du Père. De telle façon qu’il n’y a plus aucune différence entre ce qui est au Père et ce qui est à Jésus. Entre Dieu le Père et Dieu le Fils, tout est amour, dialogue et partage : « Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ; et je suis glorifié en eux.»

 Jésus a déjà glorifié le Père, durant sa vie terrestre, en achevant l’œuvre qu’il lui avait donné à faire. Quelle était cette œuvre ? Non seulement les miracles, mais encore tout ce pour quoi Jésus fut envoyé parmi les hommes, le don de l’évangile, la manifestation de la volonté de Dieu, la Révélation de la vérité. En accueillant cette vérité, les hommes deviennent disciples de Jésus, et par leur vie conforme à ce que Dieu veut. L’œuvre que Dieu a donnée à Jésus, c’est de proposer à l’humanité cette relation d’amour qui circule entre le Père et Lui, afin que cet amour circule aussi entre les hommes. L’œuvre de Dieu confiée au Christ, c’est de manifester Dieu aux hommes, c’est de manifester son nom de Père amoureux à ceux qui acceptent librement de s’ouvrir à Lui pour entrer dans la communion des personnes divines. Les hommes qui accueillent cette vérité, glorifient  le Père, voilà quelle était l’œuvre que Jésus devait mener à bien, l’œuvre que Jésus devait accomplir.

La gloire du Père, c’est son projet, d’amour,  c’est son dessein bienveillant ; la gloire du Fils, c’est de donner la vie éternelle, c’est-à-dire d’accomplir le projet de son Père ; la gloire de l’humanité, c’est d’entrer dans cette communion d’amour.  Frères et sœurs, cette communion d’amour, c’est ce que nous appelons la vie éternelle. La vie éternelle pour Jésus, c’est d’enseigner la connaissance du Père, et connaître pour Jésus, c’est aimer, c’est demeurer avec : « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, Toi le Seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ ». Aimer Dieu et aimer celui qu’il a envoyé. Demeurer avec Dieu par Jésus-Christ, l’envoyé du Père, voilà la vie éternelle.  Cette vie éternelle, fruit de notre alliance avec Dieu en Jésus-Christ, c’est encore ce que nous appelons la béatitude, le bonheur, le salut, l’amour, etc. Commencée dès maintenant, dès ici-bas sur la terre, cette vie éternelle n’aura sa pleine manifestation qu’en Dieu.

Jésus n’a pas centré sa prière sur Lui seul. Jésus prie pour ses disciples. Il prie pour ceux qui lui ont été donnés par le Père. La prière de Jésus pour lui-même et sa prière pour ses disciples sont étroitement liées. Jésus est celui qui est plus apte à manifester le Nom du Père et à le révéler. Il porte en effet en lui le Nom que Dieu lui a donné, c’est donc par sa personne même qu’il révèle aux hommes le Père, le Nom par excellence. Jésus prie pour ses disciples et non pour le monde.

Il formule sa prière tandis qu’il est encore dans le monde, afin que les disciples qui l’entendent soient assurés que Dieu va les garder. Jésus va donc quitter ses disciples pour aller vers le Père.

 Le « monde », c’est-à-dire l’ensemble de ceux qui refusent de recevoir les Paroles de Jésus, de croire en lui. Ce monde est dominé par l’influence néfaste du mauvais. Le « Mauvais » est le mal par excellence, Satan, c’est lui qui pousse les hommes au mal.

Bien que les disciples de Jésus ne soient pas du « monde », en ce sens qu’ils ne partagent pas le refus que le monde oppose au message de Jésus, les disciples vivent cependant « dans le monde » et pourraient donc se laisser séduire par le Mauvais. Une solution radicale serait de les retirer du monde, les soustraire à l’influence néfaste du mauvais. Jésus refuse cette solution très facile.

Les disciples doivent rester «  dans le  monde », mais il faut alors que le Père les garde des atteintes du Mauvais.  Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ est plus grand que le Mauvais qui domine le monde. Jésus n’est pas pessimiste.

 Le monde a quelque chose à dire à ses disciples et ses disciples à leur tour ont quelque chose à dire au monde. Le monde devient mission pour les disciples du Christ. Ce monde-là a besoin de lumière, ce monde-là a besoin de guide. Ce monde a besoin de connaître la vérité. Ce monde a besoin d’être sauvé.L’Eglise « a le pouvoir et aussi le devoir d’intercéder, de prier pour tous… Le monde en a besoin. Nous-mêmes en avons besoin »C’est un travail de patience.Oui « la prière n’est « pas tranquillité, elle est charité », disait le Pape François.

  Frères et sœurs, comment les disciples vont –ils pouvoir vaincre le Mauvais et ne pas se laisser séduire par lui ? Comment pourront-ils prolonger la Mission de leur maître ? Grâce à la Parole de Dieu que Jésus leur a transmise  et qui, pourtant, leur a attiré la haine du monde.

 La Parole de Dieu transmise par Jésus, reçue en nous, possède une efficacité telle qu’elle nous rend forts contre la séduction du Mauvais ; elle nous permet de ne pas pécher, et donc cette Parole est pour nous principe de sanctification. La Parole est vérité et c’est la vérité qui nous rend libre, alors que nous étions esclaves du diable, du mauvais. C’est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu est apparu.

Quiconque est né de Dieu ne commet pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui. C’est cette naissance divine qui le rend fort contre les atteintes du mauvais. Et cela s’entretient par la Prière et la fréquentation de la Parole de Dieu.Frères et sœurs, désormais, nous sommes situés sur la prière, qui n’est possible que par Jésus, avec Jésus et en Jésus.

La prière nous fait maintenir avec Dieu une profonde relation. La prière nous fait demeurer avec Dieu. La prière, c’est l’expression de notre amour pour les personnes de la Trinité. La prière, ce n’est pas du temps perdu ! La prière, c’est le temps gagné, parce que, c’est une rencontre féconde et fructueuse.

Evagre, un moine du IVème siècle disait : « Si tu aspires à prier, renonce à tout pour obtenir le Tout ».  

 

Frère Aimé TANO

 

 


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