Profession temporaire du frère Michel




Ste Marie de Bouaké le 27 décembre 2019

Profession temporaire de frère Michel : 2Co 12, 7-10

 

Le texte de Paul que tu as choisi, frère Michel, en ce jour de ta profession, ne parle pas de Noël, dont la fête résonne pendant toute l’Octave, mais elle pose une question qui est très centrale à Noël : la question de la faiblesse. Dieu lui-même, quand il vient au monde, choisit la voie de la faiblesse. Le Tout-puissant choisit librement de se montrer faible.

Ce n’est pas un petit tour de passe-passe, une pirouette pour entrer en scène qui ferait place ensuite à une manifestation renversante de gloire et de puissance. Non, nous le savons bien ! Puisque le dernier mot de cette manifestation, le signe qui résume la vie de Jésus, le signe même des chrétiens, c’est la Croix, le « Logos de la Croix », comme le résume Paul avec une force inégalée : tel est le dernier mot du Verbe de Dieu. 

Cette logique-là résonne dans les Lettres de Paul dès le début : le Ressuscité choisit comme témoins non pas Superman, Einstein ou Rambo, mais de pauvres gens très ordinaires, pleins de limites, « ce qui n’est rien » dans ce monde.

 

Par rapport à cela, que dit la voie monastique, la Règle des moines ?

Elle enfonce le clou.

Oui, la voie que choisit un moine pour suivre le Christ n’est pas différente de celle qu’a choisie le Christ : « suivre nu le Christ nu », disait saint Jérôme.

Par les vœux que tu vas prononcer aujourd’hui, frère Michel, –stabilité, conversion des mœurs, obéissance–, tu seras aussitôt renvoyé à des limites, à tes limites. Si le novice ne savait pas qu’il était faible, il va le savoir bientôt.

La stabilité va réduire son champ d’action, sa possibilité de se changer les idées : limite ! L’obéissance va forcément le recadrer, le contrarier : limite ! Le vœu de conversion, s’il est honnête, s’il est sincère, lui coûtera cher désormais tous les jours de sa vie : limite !

Mais ce sont toutes ces limites qui obligent un moine à trouver une voie nouvelle, un chemin de résurrection, celui, très discret, secret, pauvre, misérable, de la prière, de l’intériorité, de l’écoute de la Parole de Dieu, du Christ et de son Évangile. Cette voie-là est illimitée, puissante, donnant une force inébranlable, non pas une force que l’on possède, mais quelque chose que l’on ne peut que recevoir heure après heure, office après office, jour après jour : c’est un peu comme l’électricité : le stockage est très problématique, il faut être branché sur un réseau. D’où le très grand soin que doit porter un moine à toutes les connexions : connexion régulière de la prière et de la lectio, connexion de la parole et de la charité avec son père-maître, son prieur, ses frères, sa communauté, l’Église tout entière qui est le Corps du Christ.

La Vie, dans sa grande sagesse, fait connaître à tout homme le vieillissement, la maladie, les limites de son corps. Mais attention, il ne faut pas prendre une « écharde » pour une massue, confondre une piqûre d’insecte avec un cancer généralisé ; saint Paul ne s’y trompe pas, il n’en fait pas toute une histoire, il marche avec, il avance en reconnaissant ses limites et il en fait même un formidable point d’appui : « c’est quand je suis faible que je suis fort. » Amen.

fr. David, Abbé de l'Abbaye d'En Calcat en France, et du Monastère Sainte-Marie de Bouaké.


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